Écrire, dessiner et publier en Bulgarie : le combat quotidien pour une presse libre

Boïko Borissov, Premier Ministre bulgare et Deylan Peevski, propriétaire de la majorité des médias bulgares. Crédits Dessin: Christo Komarnitski, cartooniste pour Prass Press et Sega. / lejournalinternational.info

Le 7 octobre dernier, la journaliste bulgare Viktoria Marinova est retrouvée assassinée dans un parc de la ville de Roussé, au nord de la Bulgarie. Le meurtre fait rapidement la une des médias internationaux, braquant un projecteur sur l’environnement médiatique corrompu et les libertés restreintes des journalistes bulgares.

La police déclare finalement que le crime ne semble pas être directement lié à la profession de la victime, mais la nouvelle renforce la mauvaise réputation de la Bulgarie sur la liberté des médias.

Selon le classement de la liberté de la presse de « Reporters sans frontières », la Bulgarie occupe la 111e place sur 180, grande dernière de l’Union européenne.

À la rencontre des journalistes bulgares, ce reportage au sein des rédactions, des studios radio et télé d’un pays au paysage médiatique méconnu, lève le voile sur les enjeux de production et de diffusion de l’information en Bulgarie.

L’extrême concentration médiatique : arme de propagande pour le gouvernement bulgare

« Peevski peut détruire le gouvernement ou le protéger, avec une arme : l’information ».
Petar Karaboev, rédacteur en chef « Affaires internationales » chez Dnevnik, journal national en ligne.

Lorsque l’on discute médias en Bulgarie, un nom est sur toutes les lèvres : Deylan Peevski. Ancien chef du renseignement et député, il est à la tête du groupe New Bulgarian Media qui contrôle plus de 80% du réseau de distribution des médias du pays et est considéré comme l’un des oligarques les plus riches du territoire.

Deylan Peevski / Photo : EU Scoop

Spas Spasov, correspondant du journal Dnevnik à Varna, ville bulgare côtière, raconte la genèse de cette concentration médiatique dans les mains d’un seul homme :

« En 2007, avec l’entrée de la Bulgarie dans l’Union européenne, des sommes d’argents énormes sont entrés dans l’économie bulgare, et une grande partie de cet argent est allée chez Peevski, sans aucune réaction du gouvernement bulgare, il a racheté 80% des journaux et médias ».

Manol Gichev, journaliste indépendant, dénonce cette concentration médiatique qui a un impact direct sur la pluralité des opinions dans la presse et la critique du parti politique au pouvoir : « les médias ont le pouvoir de mettre les gens dans la rue et le gouvernement n’aime pas les conflits, il peut payer en échange d’une propagande médiatique».

Ces relations étroites sont visibles très clairement au moment des élections.

Spas Spasov explique l’arrivée au pouvoir en 2009 du Premier Ministre actuel, Boïko Borissov.

« L’empire de Peevski critiquait jusqu’alors sévèrement le GERB [Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie], le parti politique de centre droit de Borissov. Juste avant les élections législatives, un article avait été publié en première page d’un quotidien weekend, qui attaquait le vice-président du GERB, Tsvetan Tsvetanov sur sa vie privée. Une semaine plus tard, quand il était évident dans les sondages que le GERB allait gagner les élections, le même quotidien jusqu’alors opposé au GERB publiait en première page un article en faveur du parti. On a un changement de ligne d’un journal en une semaine. Et c’est la politique de tous les journaux possédés par Peevski, ils font la même chose avec tous les partis qui arrivent au pouvoir et travaillent en faveur du gouvernement à 100%. »

« L’empire médiatique de Peevski est un empire privé mais d’une certaine façon financé par l’État et l’Union européenne » conclut Petar Karaboev.

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