Pourquoi la Bulgarie devrait être prudente avec l’extrémisme religieux

Un extrémiste australien d’extrême droite a attaqué deux mosquées à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, tuant 50 personnes et en blessant beaucoup d’autres. La police pense qu’il n’a pas agi seul, et qu’il fait partie d’un groupe plus large situé bien loin de la Nouvelle-Zélande.

Les experts en sécurité nationale définissent l’extrémisme comme une menace mondiale et non comme un phénomène isolé à l’occident. La Bulgarie et les Balkans sont de plus en plus confrontés à une cette problématique et les inscriptions en cyrillique sur l’appareil du terroriste néo-zélandais posent de nouvelles questions auxquelles les services doivent répondre.

A lire : Le terroriste Brenton Tarant avait séjourné en Bulgarie un an avant le massacre

Pour intensifier l’effet de l’attaque en Nouvelle-Zélande qui s’est produite vendredi dernier, l’attaquant Brenton Tarant, crée une campagne sur les réseaux sociaux, on peut y voir des dizaines de civils qui sont massacrés. Les séquences vidéo ont été visionnées plus d’un million de fois et certains des commentaires ont exprimé un soutien au terroriste.

Brenton Tarant a laissé derrière lui un manifeste de 87 pages appelant à une lutte contre le multiculturalisme et les migrants. Le rêve ultime de ce déséquilibré serait de provoquer une guerre civile en Occident.

Une telle vision apocalyptique du monde n’est pas nouvelle. Des malades comme Tarant (partisans d’extrême droite) ou à l’inverse djihadistes – croient que le seul moyen de sauver le monde est de mener une guerre mondiale dans laquelle les « impurs » seront exterminés (chacun ayant une vision différente de la pureté).

Au final, le terroriste norvégien Anders Breivik partagent le même point de vue que le chef de l’État islamique Abou Bakr al-Baghdadi.

Bien que les experts occidentaux aient averti pendant plusieurs années que l’extrémisme d’extrême droite était un problème croissant, les pays ont dépensé peu d’argent et d’efforts pour les en empêcher, l’accent étant toujours mis sur les groupes djihadistes et islamistes radicaux.

Cependant, il y a un changement. En Allemagne, le gouvernement a nommé davantage d’analystes au sein du département spécialisé de l’Internal Federal Intelligence Agency, pour s’occuper de ces groupes d’extrême droite nationalistes. Le département prévoit d’augmenter son effectif de 50% en 2019, dans le but de mobiliser les ressources initialement destinées à la lutte contre le terrorisme islamiste.

La même situation est au Royaume-Uni. Entre 2016 et 2017, les services ont signalé une augmentation de 88% des opérations de lutte contre le terrorisme liées à des réseaux d’extrême droite. En 2018, Londres a chargé le service de renseignement interne (MI5) d’augmenter la collecte d’informations et de la prévention des extrémistes, des néo-nazis et des ultra-nationalistes.

Un groupe extrémiste en Angleterre / Photo : Religious Reader

Cela signifie que, pour la Grande-Bretagne, l’extrémisme d’extrême droite constitue déjà une menace au même titre que le séparatisme d’Irlande du Nord et le djihadisme.

Alors que l’extrémisme nationaliste devient un problème pour les États-Unis et l’Europe, ses dimensions internationales deviennent de plus en plus visibles. Les extrémistes qui croient en la domination de la race blanche parcourent le monde entier, créant des contacts pour établir une communication et des réseaux d’échange d’informations et d’idées.

Dans ce contexte, les Balkans constituent l’un des lieux les plus importants pour ces individus, car ils peuvent rencontrer librement leurs sympathisants ici et tirer parti des groupes paramilitaires de l’ex-Yougoslavie reconvertis en réseaux mafieux. Certains d’entre eux combattent en ce moment même dans l’est de l’Ukraine.

Manifestation d’extrême droite à Sofia / Photo : DW

La faiblesse des gouvernements locaux rend le contrôle chaotique et facilite le port d’armes, comme cela a été révélé l’année dernière à propos des livraisons de groupes extrémistes serbes.

Grâce à Internet, tout devient beaucoup plus rapide et facile que par le passé. L’utilisation de crypto-monnaies est le moyen privilégié pour financer ces opérations.

D’autre part, les groupes djihadistes devraient également accroître leurs activités après un an et demi de stagnation et de débâcle en Syrie et en Irak.

Leurs combattants attaquent presque tous les jours au Yémen, en Syrie, en Irak, en Afghanistan et en Afrique de l’ouest. Dans un petit pays comme le Burkina Faso, Al-Qaïda est responsable de plus de 200 attaques terroristes par an. L’attaque en Nouvelle-Zélande a exacerbé l’appétit de des islamistes et l’organisation EI a appelé ses sympathisants à frapper l’Europe occidentale pour une « vengeance ».

Abu Musab al-Barnawi le nouveau leader du groupe terroriste Boko Haram / Photo : MaltaToday

On peut imaginer l’effet de ce cycle de violence entre les djihadistes et extrémistes d’extrême droite. Les deux faces d’une même pièce.

En ce qui concerne la Bulgarie, le pays doit suivre de près ces événements. De toute évidence, Tarant a visité la Bulgarie à plusieurs reprises et l’explication selon laquelle il était un simple touriste et est non seulement difficile à prouver, mais il est fort probable que cela cache davantage.

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